Pourquoi je lis chaque conférence de presse de la BNS depuis 2015
Le 15 janvier 2015, j'étais en réunion à Genève quand l'écran a basculé : la BNS abandonnait le taux plancher EUR/CHF à 1,20. En quelques minutes, le franc s'appréciait de 30 % contre l'euro. Des PME romandes ont mis la clé sous la porte. Des banques ont perdu des centaines de millions sur leurs livres de change. Voir aussi notre guide pillier : SMI : L'Indice Boursier Suisse Expliqué.
Depuis ce jour, je considère la Banque nationale suisse comme l'acteur le plus important à comprendre pour piloter un patrimoine en CHF. Voici ma méthode de lecture des décisions BNS et la façon dont elles guident mes choix d'investissement.
> Sources : toutes les références viennent du site officiel [BNS](https://www.snb.ch/fr), notamment les [décisions de politique monétaire trimestrielles](https://www.snb.ch/fr/iabout/monpol/id/monpol_current), les [statistiques mensuelles](https://www.snb.ch/fr/iabout/stat/statpub) et le rapport de stabilité financière annuel. Données IPC suisses publiées par l'[Office fédéral de la statistique (OFS)](https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/prix/indice-prix-consommation.html). Arrêt au 2026-05-29.
Ce que fait la BNS, en deux phrases
La BNS pilote la stabilité des prix (objectif : inflation entre 0 % et 2 %) en utilisant deux leviers principaux :
Elle publie ses décisions quatre fois par an (mars, juin, septembre, décembre).
Trois grandes phases depuis 2014
Phase 1 — Plancher EUR/CHF 1,20 (sept. 2011 – janvier 2015)
Engagement à acheter des euros illimitément pour empêcher le CHF de s'apprécier. Bilan BNS gonfle de CHF 200 mrd à CHF 500 mrd.
Phase 2 — Taux négatifs et CHF flottant (janv. 2015 – juin 2022)
Taux directeur abaissé à -0,75 % : épargnants pénalisés, immobilier en surchauffe, secteur bancaire sous pression. Mais l'inflation reste sous contrôle (0 à 1 %).
Phase 3 — Resserrement et normalisation (juin 2022 – aujourd'hui)
Pourquoi la BNS est différente des autres banques centrales
1. Petit pays, monnaie de réserve internationale
Le CHF représente ~5 % des réserves mondiales selon le FMI, alors que la Suisse pèse <0,5 % du PIB mondial. Conséquence : la BNS subit en permanence des pressions à l'appréciation indépendantes de son économie domestique.
2. Bilan colossal
Réserves de change BNS au 2026-05-29 : ~CHF 770 mrd, soit plus que le PIB suisse annuel. Ce bilan est largement constitué d'actions et obligations étrangères. La BNS est de fait un gigantesque fonds souverain déguisé en banque centrale.
3. Indépendance et collégialité
Décisions prises par le Directoire (3 membres : Martin Schlegel — président depuis octobre 2024, Antoine Martin, Petra Tschudin). Plus collégial et moins théâtral que la Fed.
Mon décodage : 4 signaux à surveiller à chaque communiqué
Signal 1 — Le taux directeur
Évident, mais lire le niveau ET la trajectoire. Un maintien à 1 % accompagné d'un discours hawkish peut faire monter le CHF plus qu'une baisse à 0,75 % accompagnée d'un discours dovish.
Signal 2 — Les prévisions d'inflation
La BNS publie sa projection conditionnelle d'inflation sur 3 ans. Si la projection à 3 ans dépasse 2 %, c'est un signal qu'elle pourrait remonter ses taux. Si elle est sous 1 %, baisse anticipée.
Signal 3 — Les déclarations sur le CHF
Formules à décoder :
Signal 4 — Les conditions financières
Discours sur l'immobilier, les SARON, la stabilité des banques (UBS post-CS). Si elle évoque des risques d'emballement immobilier, anticipez une remontée des taux.
L'impact concret sur mes placements
Obligations CHF : la classe d'actif la plus directement impactée
Sur 2022-2023, mes ETF d'obligations CHF (iShares Core CHF Corp Bond, UBS SBI 1-5) ont perdu ~6-8 %. Sur 2024, ils ont récupéré ~5 % grâce à la baisse des taux.
Immobilier coté : très sensible
L'agio des fonds immobiliers suit la courbe des taux quasi en miroir.
Lecture personnelle : si la BNS revient vers 0 %, je vendrai progressivement les positions immobilières au-dessus de +25 % d'agio.
Actions suisses : impact indirect mais réel
Cash CHF : enfin rémunéré
Depuis fin 2022, les comptes courants Neon Green et Yuh rémunèrent ~0,5-1 %, contre 0 % pendant 7 ans. Mes 6 mois de réserve de liquidité valent à nouveau quelque chose.
Trois scénarios pour 2025-2026
Scénario A (probabilité 55 %) — BNS stable à 1 % puis baisse douce vers 0,75 %
Inflation suisse autour de 1 %, économie résiliente. CHF reste fort sans s'envoler. Bon environnement pour obligations CHF, immobilier coté, actions défensives. Mauvais pour cash 100 %.
Scénario B (probabilité 30 %) — Reflation et remontée modérée
Si la zone euro retrouve une inflation à 2,5-3 %, la BNS pourrait remonter à 1,25-1,5 % d'ici fin 2025. Mauvais pour obligations longues et immobilier. Bon pour cash et obligations courtes.
Scénario C (probabilité 15 %) — Choc géopolitique majeur, retour à 0 % ou négatif
CHF s'apprécie violemment (vers 0,87 EUR/CHF), la BNS rebaisse jusqu'à 0 % voire revient en territoire négatif. Très bon pour obligations longues, immobilier coté, mais désastreux pour les exportateurs.
Mon positionnement actuel
Sur la base du scénario central (A), j'allocate :
Si la BNS surprend par une hausse en juin 2025, je rebalance vers plus de cash CHF et moins d'obligations longues. Si elle baisse plus vite qu'attendu, j'augmente la part immobilière et obligations longues.
Quatre erreurs que je vois souvent
Pour discuter de votre positionnement face aux décisions BNS, [LinkedIn Laurent Duplat](https://www.linkedin.com/in/vocalisia).
Articles connexes
Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez le guide complet : SMI : L'Indice Boursier Suisse Expliqué.
